Autonomie au quotidien
Quels objectifs se fixer à 80 ans ? Parfois, simplement continuer à faire ses courses
À 80 ou 90 ans, les meilleurs objectifs physiques sont souvent les plus concrets : sortir, faire ses courses, se relever seul. Douglas explique comment les définir, avec les exemples de Jeanine et Guy.

A 80 ans, 90 ans ou davantage, les objectifs liés à l'activité physique changent souvent. Courir plus vite, soulever plus lourd ou modifier son apparence n'est généralement plus la priorité. Ce qui compte peut sembler beaucoup plus simple : continuer à sortir de chez soi, faire ses courses, monter quelques marches, se relever facilement d'une chaise ou aller voir des amis.
Ces gestes paraissent ordinaires tant qu'ils restent faciles. Pourtant, lorsqu'ils commencent à demander un effort important ou à susciter de l'appréhension, leurs conséquences dépassent largement la seule condition physique.
L'objectif devient alors très concret : conserver suffisamment de capacités pour continuer à mener sa vie comme on le souhaite.
Quand les gestes ordinaires deviennent des objectifs
Faire ses courses est un bon exemple. Cela suppose de pouvoir marcher jusqu'au magasin, rester debout, se déplacer entre les rayons, parfois se baisser ou attraper un produit en hauteur, porter un sac et rentrer chez soi.
Pris séparément, aucun de ces gestes ne semble particulièrement difficile. Ensemble, ils demandent pourtant de la force, de l'équilibre, de la mobilité et suffisamment d'endurance.
Il en va de même pour de nombreuses activités quotidiennes. Se relever d'un fauteuil demande de la force dans les jambes. Sortir de chez soi nécessite de pouvoir franchir un seuil ou quelques marches. Marcher dehors demande de s'adapter à un trottoir irrégulier, à une pente ou à un changement de direction. Porter un sac sollicite également les bras, les épaules et le tronc.
C'est souvent à travers ces situations très concrètes que l'on peut définir des objectifs physiques réellement utiles à un âge avancé.
Préserver ses capacités avant qu'elles ne limitent le quotidien
Avec l'âge, une diminution des capacités physiques peut progressivement modifier les habitudes. Une personne qui se sent moins stable va parfois éviter certains déplacements. Si les escaliers deviennent difficiles, elle peut commencer à organiser sa journée pour ne plus avoir à les emprunter. Lorsque marcher devient fatigant, les sorties raccourcissent ou deviennent moins fréquentes.
Cette adaptation est compréhensible, mais elle peut entraîner un cercle défavorable : moins une personne sollicite certaines capacités, moins elle a d'occasions de les entretenir.
L'activité physique adaptée peut justement permettre de travailler les qualités nécessaires au quotidien : la force pour se relever ou monter une marche, l'équilibre pour se déplacer avec davantage d'assurance, la mobilité pour conserver des mouvements suffisamment amples et l'endurance pour pouvoir marcher plus longtemps sans épuisement excessif.
L'objectif n'est pas nécessairement de réaliser des exercices impressionnants. Un exercice est intéressant lorsqu'il contribue à une capacité dont la personne a réellement besoin.
Jeanine, 91 ans : continuer à sortir malgré la peur de tomber
Jeanine a 91 ans. Lorsqu'elle a fait appel à moi, sa principale difficulté n'était pas l'impossibilité de marcher. Elle avait surtout peur de tomber et, à cause de cette peur, elle réduisait progressivement ses déplacements.
Dans une situation comme la sienne, vouloir simplement "être plus en forme" serait un objectif trop vague.
Le travail prend davantage de sens lorsqu'on le relie à ce qu'elle souhaite conserver dans sa vie : suffisamment de force et d'équilibre pour se déplacer, mais aussi davantage de confiance dans ses capacités afin de continuer à sortir et à mener une vie normale.
Cela change aussi la manière d'évaluer les progrès. Une amélioration ne se mesure pas uniquement au nombre de répétitions réalisées pendant une séance. Elle peut se voir lorsqu'un mouvement devient plus facile, lorsqu'une personne hésite moins avant de se déplacer ou lorsqu'elle recommence progressivement à faire quelque chose qu'elle évitait.
Guy, 97 ans : s'entraîner pour continuer à ne dépendre de personne
Guy a aujourd'hui 97 ans et continue à s'entraîner régulièrement. Son objectif est particulièrement clair : continuer à dépendre le moins possible des autres. Son parcours après une fracture est raconté parmi les histoires de personnes accompagnées.
A cet âge, l'entraînement n'a donc rien d'abstrait. Entretenir la force des jambes sert à continuer à se lever et à marcher. Travailler l'équilibre aide à conserver de l'aisance dans les déplacements. Maintenir une certaine endurance permet de poursuivre des activités qui demandent de rester actif plusieurs minutes.
Ce sont ces capacités physiques, mises bout à bout, qui participent à l'autonomie quotidienne.
Elles ne permettent évidemment pas de garantir qu'une personne restera indépendante. L'état de santé, les maladies, les accidents et de nombreux autres facteurs interviennent également. Mais les capacités physiques représentent une partie sur laquelle il est possible d'agir, à condition d'adapter les exercices à la personne et à sa situation.
A 80 ou 90 ans, un bon objectif doit avoir du sens pour la personne
Deux personnes du même âge peuvent avoir des capacités et des attentes complètement différentes. L'une souhaitera continuer à faire ses courses seule. Une autre voudra pouvoir prendre les transports, entretenir son jardin, se promener avec ses proches ou simplement circuler facilement dans son appartement.
C'est pourquoi l'âge, à lui seul, ne permet pas de décider de ce qu'une personne devrait être capable de faire.
Dans mon travail auprès des seniors, je cherche donc à partir autant que possible de leur quotidien. Une difficulté à se relever, à marcher suffisamment longtemps ou à franchir des marches donne une indication beaucoup plus utile qu'un objectif général consistant à "faire du sport".
Cela permet ensuite de construire progressivement le travail autour des capacités nécessaires, en tenant compte du niveau de départ, des éventuelles appréhensions et des limites de chacun. Cette individualisation, la progressivité et la sécurité font partie des principes qui guident mon accompagnement.
Lorsqu'une difficulté apparaît brutalement, qu'elle s'accompagne de douleurs inhabituelles, de vertiges, d'un essoufflement anormal ou d'une dégradation importante des capacités, un avis médical peut bien sûr être nécessaire avant d'envisager ou de poursuivre un travail physique.
La bonne question n'est peut-être plus : "Quelle performance puis-je atteindre ?"
A un âge avancé, les progrès les plus importants ne sont pas toujours ceux qui se voient dans une salle de sport.
Pouvoir encore aller acheter son pain. Porter quelques courses. Se lever sans aide. Marcher jusqu'à la voiture. Sortir voir quelqu'un. Continuer à habiter chez soi dans de bonnes conditions.
Ces objectifs peuvent paraître modestes vus de l'extérieur. Pour la personne concernée, ils représentent parfois exactement ce qu'elle souhaite préserver.
A 80 ans, 90 ans ou davantage, se fixer un objectif physique peut donc commencer par une question très simple : qu'est-ce que je veux continuer à pouvoir faire seul dans ma vie quotidienne ?
La réponse donne souvent une excellente indication de ce qu'il est réellement utile de travailler.


