Conseils aux proches
Mon père ou ma mère marche de moins en moins : faut-il s'en inquiéter ?
Un parent qui sort moins ou marche plus lentement n'est pas toujours qu'un effet de l'âge. Douglas aide les proches à repérer les signes, comprendre les causes et savoir quand agir.

Vous avez peut-être remarqué que votre père ou votre mère sort moins souvent. Les promenades sont devenues plus courtes. Il ou elle hésite davantage à aller faire une course à pied, préfère prendre la voiture pour un trajet autrefois effectué en marchant, ou commence à éviter certains déplacements.
Parfois, le changement est plus discret. La marche est simplement devenue plus lente, les pas plus courts, les escaliers demandent davantage d'effort. La personne cherche plus souvent un appui ou semble moins à l'aise sur un trottoir irrégulier.
Faut-il s'en inquiéter ?
Pas nécessairement au sens de s'alarmer. En revanche, une diminution progressive de la marche mérite qu'on s'y intéresse, surtout lorsqu'elle modifie les habitudes de vie. Ce changement peut avoir des causes très différentes et, dans de nombreuses situations, certaines capacités peuvent être entretenues ou améliorées si l'on intervient suffisamment tôt. Regagner de la force reste d'ailleurs possible à tout âge.
Marcher moins n'est pas toujours un simple effet de l'âge
Avec les années, certaines évolutions physiques sont normales. La récupération peut être plus lente, la force et l'endurance peuvent diminuer, particulièrement lorsque l'activité physique se réduit.
Mais l'âge, à lui seul, n'explique pas tout.
Une personne de 80 ans qui marchait régulièrement et qui, en quelques mois, réduit fortement ses déplacements a probablement une raison de le faire. Cette raison n'est d'ailleurs pas forcément évidente pour son entourage.
Une douleur peut rendre la marche désagréable. Un manque de force dans les jambes peut compliquer les escaliers ou les montées. Une diminution de l'équilibre peut rendre les déplacements extérieurs moins rassurants. Un essoufflement inhabituel peut inciter à limiter les efforts.
La peur joue également un rôle important. Après une chute ou simplement après quelques situations où l'on s'est senti moins stable, il est fréquent de devenir plus prudent. Certains déplacements sont alors évités, parfois sans même en parler à ses proches.
Enfin, les habitudes peuvent changer progressivement. On sort un peu moins, puis encore un peu moins. Sans événement particulier, le niveau d'activité finit par diminuer considérablement.
Chercher à comprendre ce qui a changé est donc plus utile que de considérer immédiatement que "c'est normal à son âge".
Le risque du cercle qui s'installe progressivement
Le problème n'est pas uniquement de parcourir moins de kilomètres dans la semaine.
Lorsque les déplacements diminuent, les jambes sont moins sollicitées. Se lever, marcher, monter quelques marches, sortir faire une course sont pourtant autant d'occasions ordinaires d'entretenir ses capacités physiques.
Si ces occasions deviennent rares, la force et l'endurance peuvent progressivement diminuer. Les déplacements demandent alors davantage d'effort et deviennent moins agréables. La personne peut commencer à les éviter davantage.
C'est ainsi qu'un cercle peut s'installer :
je marche moins parce que cela devient difficile, puis cela devient encore plus difficile parce que je marche moins.
Cette évolution n'est pas forcément spectaculaire. Elle peut s'étaler sur plusieurs mois et devenir visible seulement lorsque certaines activités du quotidien commencent à poser problème.
On remarque alors qu'il faut pousser davantage sur les accoudoirs pour se relever d'un fauteuil, qu'un étage devient éprouvant, que porter un sac de courses est plus difficile ou qu'une promenade autrefois banale nécessite désormais plusieurs pauses.
Ce sont ces changements concrets qui méritent particulièrement l'attention.
Quelques signes permettent de regarder la situation plus précisément
La distance parcourue n'est qu'un élément parmi d'autres. La manière dont une personne se déplace apporte également des informations intéressantes.
Il peut être utile d'observer si votre parent :
- marche sensiblement moins vite qu'auparavant ;
- fait des pas plus courts ou semble moins stable ;
- cherche régulièrement un mur, un meuble ou une rampe pour s'appuyer ;
- rencontre davantage de difficultés pour se lever d'une chaise ;
- hésite devant un escalier, une pente ou un trottoir ;
- renonce à certaines sorties qu'il faisait auparavant ;
- évoque une fatigue, une douleur, un essoufflement ou une peur de tomber ;
- a chuté récemment ou a connu plusieurs pertes d'équilibre.
Un de ces signes, pris isolément, ne permet évidemment pas de tirer une conclusion. C'est plutôt leur apparition, leur progression et leur impact sur la vie quotidienne qui doivent attirer l'attention.
Un changement rapide ou important mérite également davantage de vigilance qu'une évolution très progressive.
Avant de vouloir faire marcher davantage, il faut comprendre pourquoi la personne marche moins
Face à un parent qui devient moins actif, le premier réflexe est parfois de l'encourager : "Tu devrais sortir davantage", "Il faut marcher tous les jours", "Tu vas perdre tes jambes si tu ne bouges plus".
L'intention est bonne, mais la réponse n'est pas toujours adaptée.
Si la personne marche moins parce qu'elle souffre, parce qu'elle se sent instable ou parce qu'elle a peur de tomber, lui demander simplement de marcher davantage ne règle pas le problème.
Il faut d'abord essayer de comprendre ce qui constitue réellement le frein.
Est-ce la fatigue ? Une douleur ? Le manque de force ? L'équilibre ? La peur ? Une difficulté particulière pour sortir du domicile ? Un changement survenu après une hospitalisation ou une période d'inactivité ?
La personne concernée reste évidemment la mieux placée pour expliquer ce qu'elle ressent. La discussion doit donc se faire avec elle, et pas seulement autour d'elle.
Cette distinction compte beaucoup, car les réponses peuvent être très différentes.
Parfois, un avis médical est la première étape
Une diminution de la marche peut avoir une origine physique qui dépasse le cadre de l'activité sportive.
Lorsque le changement est récent, important ou inexpliqué, lorsqu'il s'accompagne de douleurs nouvelles, d'un essoufflement inhabituel, de malaises, d'une fatigue marquée ou d'une dégradation générale des capacités, il est raisonnable d'en parler au médecin.
Il en va de même après certaines chutes, interventions ou maladies.
L'objectif n'est pas de médicaliser systématiquement une baisse d'activité. Il s'agit simplement de ne pas attribuer trop rapidement au vieillissement une difficulté qui pourrait avoir une cause identifiable.
Une fois la situation médicale clarifiée lorsque cela est nécessaire, la question devient souvent très concrète : quelles capacités peut-on travailler pour rendre les déplacements plus faciles ?
Marcher est important, mais marcher n'est pas toujours suffisant
La marche entretient de nombreuses capacités et reste une activité particulièrement intéressante avec l'âge. Pourtant, lorsqu'une personne commence déjà à rencontrer des difficultés, lui proposer uniquement de marcher davantage peut montrer ses limites.
Pour marcher confortablement, il faut notamment suffisamment de force pour soutenir son corps, se propulser et franchir une marche. Il faut pouvoir contrôler ses mouvements, conserver son équilibre et s'adapter aux changements de terrain.
Le travail physique peut alors porter sur plusieurs éléments en fonction des besoins de la personne : renforcer progressivement les jambes, travailler l'équilibre, retrouver de la mobilité ou simplement réapprendre à réaliser certains mouvements avec davantage d'aisance.
Un exercice aussi simple que se lever et se rasseoir d'une chaise peut, par exemple, avoir beaucoup de sens pour une personne qui commence à manquer de force. Pour une autre, le travail pertinent sera différent.
C'est justement pour cette raison que j'accorde beaucoup d'importance, dans mon travail auprès des seniors à Genève, à ce que la personne sait encore faire et à ce qui lui pose réellement problème. L'objectif d'un exercice n'est pas seulement de réussir l'exercice. Il doit autant que possible servir une capacité utile dans la vie quotidienne.
Il est souvent préférable d'agir avant que l'autonomie soit réellement menacée
On attend parfois qu'une difficulté soit devenue importante avant de chercher une solution.
Pourtant, une personne qui commence simplement à ralentir, à moins sortir ou à avoir davantage de difficultés dans les escaliers possède encore de nombreuses occasions de solliciter ses capacités au quotidien.
C'est un moment intéressant pour agir.
Le travail peut alors partir de ce que la personne est capable de faire aujourd'hui, sans chercher à lui imposer un niveau qui ne lui correspond pas. Quelques exercices adaptés, une reprise progressive de la marche et un travail spécifique sur les difficultés rencontrées peuvent permettre de solliciter à nouveau des capacités qui étaient de moins en moins utilisées.
Les progrès recherchés peuvent paraître modestes vus de l'extérieur. Pour la personne concernée, ils ne le sont pas forcément.
Se relever plus facilement. Descendre quelques marches avec davantage d'assurance. Aller chercher son courrier. Refaire le tour du quartier. Pouvoir accompagner quelqu'un au restaurant sans se demander si la distance sera trop importante.
C'est à cette échelle que l'amélioration des capacités physiques prend tout son sens.
Aider sans décider à la place de son parent
Pour les enfants et les proches, cette situation peut être délicate. On voit parfois apparaître des difficultés que le parent minimise ou ne souhaite pas aborder.
Insister constamment sur ce qu'il "devrait" faire risque alors d'être mal vécu.
Une approche plus utile consiste souvent à partir de ce qui compte pour lui.
Peut-être souhaite-t-il continuer à faire ses courses seul. Aller au marché. Promener son chien. Prendre le bus. S'occuper de son jardin. Pouvoir rendre visite à ses amis.
Ces activités donnent un sens concret au maintien des capacités physiques.
La question peut alors devenir : "Qu'est-ce qui te gêne aujourd'hui pour continuer à faire cela ?" plutôt que "Pourquoi est-ce que tu ne marches plus ?"
La différence peut sembler minime, mais elle replace la personne au centre de la discussion et respecte davantage ses choix.
Alors, faut-il s'inquiéter si un parent marche de moins en moins ?
Il faut surtout ne pas banaliser un changement réel de ses habitudes ou de ses capacités.
Marcher moins peut être une adaptation temporaire et sans gravité. Cela peut aussi être le premier signe d'une douleur, d'une perte de force, d'un problème d'équilibre, d'une appréhension après une chute ou simplement d'un niveau d'activité devenu insuffisant pour entretenir certaines capacités.
L'enjeu est donc de comprendre ce qui se passe avant que les difficultés ne prennent davantage de place.
Lorsqu'une cause médicale est possible, elle doit naturellement être recherchée par le professionnel de santé compétent. Lorsque le problème concerne surtout une diminution des capacités physiques et qu'une reprise de l'activité est possible, un travail progressif et adapté peut avoir sa place.
Et il n'est pas nécessaire d'attendre qu'une personne ne puisse presque plus marcher pour s'intéresser à sa mobilité. Bien souvent, le bon moment pour agir est précisément celui où elle peut encore faire beaucoup de choses, mais commence à en faire un peu moins.


